


40 degrés en moyenne du matin au soir et le soleil au zénith / Rouge hélios de Yondó a eu lieu là_ dans un village paradoxal fondé par des hollandais_ dans un terrain vague_ au soleil /
Rouge Hélios de Yondó / Colombie
Dans un étrange lieu de la Colombie_ dans un village bio divers à l’extrême_ proche du grand et beau fleuve la Magdalena_ sans place centrale_ ni église_ ni édifices administratifs autour / Je suis à Yondó où la mort violente et politique campe encore quotidienne sous un soleil en feu de 40 degrés Celsius à l’ombre jour et nuit en moyenne toute l’année / Yondó est dans le « Magdalena medio » l’endroit où a démarré une violence politique largement répandue dans le pays pendant les 60 dernières années / Yondó a été fondé et construit dans sa première étape par les hollandais de la multinationale Shell qui est venue exploiter le pétrole local / Une cinquantaine de maisons_ toutes construites sans structure avec des murs portants qui tiennent bien la route cents ans après_ _ _ la plus pure architecture hollandaise en brique incrustée sous le tropique / Au même temps à Yondó il n’y a pas une seule personne à l’aspect hollandais_ ni dans les maisons_ ni dans le théâtre_ ni dans le pont véhiculaire sur le fleuve où le soir dizaines de couples viennent s’embrasser debout reposés sur la balustrade_ ni dans les bars d’ivrognes ou l’alcool fort coule joyeusement et les fêtards dansent seuls ou en couple sur les terrasses aux lumières de néon de couleurs fluo rose et fluo bleu et fluo rouge et fluo blanc et fluo mauve clair qui bougent au rythme de la musique populaire résonnant stridente / Nulle part_ _ _
Tout comme nulle part va la route_ elle s’arrête à Yondó_ elle ne va nulle part ailleurs_ après c’est la foret_ seul le retour est possible / Dans cette impasse fatal, un tout vital et vivant configurait mon Yondó, mon Macondo à moi.
Yondó est un « village bas » tout comme les pays bas / Il est 100 ou 200 mètres plus bas que le niveau du plus important fleuve navigable de la Colombie_ se trouvant à proximité / Les hollandais de la Shell y ont construit un superbe système de digues pour éviter l’inondation_ en période de pluies la Colombie entière s’inonde sauf Yondó /
Pourtant ce n’est pas l’eau mais c’est le soleil_ avec la chaleur_ qui est le protagoniste à Yondó / Impossible marcher 500 mètres en pleine journée sans s’étouffer > les moto-taxis font un tabac sous le soleil et la chaleur_ _ _ Une aigle m’est passé dans un survol lent _sous mon nez_ sous le soleil et la chaleur / Les iguanes parcourent les patios et grimpent les arbres et toits des maisons sous le soleil et la chaleur _avec leur crête imité par les hommes pour leur coiffures / Les hommes et les femmes transpirent mouillés au visage_ aux bras_ au corps_ sous le soleil et la chaleur / Les singes s’agitent criant en groupe _saoulés par la consommation de fruits fermentés_ sous le soleil et la chaleur / Les caïmans dans le fleuve mangent de tout_ mangent même des corps humains_ sous le soleil et la chaleur / Des serpents serpentent le sol sous le soleil et la chaleur / Des étranges mini lézards qui ressemblent à des mini dinosaures _aux crêtes de la tête à la queue_ courent sur l’eau du fleuve à grand vitesse_ évidement sous le soleil et sous cette chaleur toujours présente, envahissante, étouffante / Finalement il n’y a pas de moustiques à cause aussi du soleil et de la chaleur /
Dès ce bas fond sous un ciel illuminé et chauffé à fond_ Yondó est contrôlé par des paramilitaires d’extrême droite qui s’opposent aux accords de paix entre le gouvernement et les farc_ guérilla marxiste / Un pouvoir paramilitaire parallèle et demi-clandestin maintenu par les armes, les menaces et un silence craintif est belle et bien en place / La peine de mort est tacite / Cette pensée unique de extrême droite détermine les relations citoyennes et la justice___ Inquiétant.

Pour eux j’étais probablement aussi une présence inquiétante, un mec aux cheveux longs chaussé d’une belle paire de sabots_ qui ne faisait que se promener_ contempler et faire des photos / Dans leur paranoïa politique le chauffeur d’un taxi lors d’une course m’a avoué que j’étais vu dans le village comme un chef des farc _leur ennemi juré_ venu faire des repères stratégiques pour préparer le retour des militants de gauche chassés du village dans le passé justement à cause de leur idéologie / Sachant qu’une telle situation se règle la plus part de temps par une exécution extrajudiciaire rapide, me suis dépêché de faire clairette sur ma véritable identité d’artiste /
Dans ce contexte_ _ _ chaud_ étouffant_ menaçant_ mortel_ vital_ toujours régénéré > un terrain vague_ le ciel_ le soleil_ la chaleur_ quelques plantes bébés de platane_ un iguane_ des blocs de bois ressemblant à des œuvres de Carl André_ un tas de feuilles tel un igloo de Mario Merz_ un tas de gravillons comme si c’était un tas de bombons de Felix Gonzalez Torres_ une femme vêtue de la même couleur Rouge Hélios de Yondó_ un jeune pasteur qui m’a lu des passages de la bible_ un groupe de jeunes_ le public de ce Rouge Hélios de Yondó_ une petite pluie si inattendue comme exceptionnelle_ un coq et ses poules_ un serpent qui a traversé la rue, le survol bas lent et imposant devant mes yeux d’une aigle_ tous les oiseux du coin, mes voisins qui jouaient aux longueurs de journées en silence au poker_ les jeunes filles aux belles gambettes qui se promenaient sous des parapluies fleuris_ une garce qui a mangé ce qu’elle a trouvé au sol et a pris l’envol_ les lézards albinos timides_ tous les lézards_ les singes qui criaient au loin près du fleuve_ le fleuve la Magdalena et ses caïmans affamés_ les vaches zébu lentes et tranquilles_ un petit chien sympa_ les arbres_ les grillons monochromes vert claire du même vert clair des jeunes feuilles des arbres_ tous les insectes inédits_ les souris_ les cafards_ qui chassait mon ami picabia le chat qui m’accompagnait et à qui j’expliquais les bases conceptuelles de mon travail_ une toile sur châssis_ une couleur_ une brosse_ _ _ > et ce Rouge Hélios de Yondó est bel et bien apparu dans mon Yondó, dans mon Macondo à moi.
Auparavant, j’y avais fait sur place aussi quelques « espace perplexes de peinture » volumineux et suis repartis_ par l’unique route existent d’entrée et de sortie de Yondó_ avec ce tout encombrant dans un petit camion / Loin _très loin_ de cet endroit passionnant, beau, puissant, paradoxal de la Colombie_ me trouvant tout fraîchement descendu_ dans mon atelier_ j’ai reçu un appel sur mon portable_ _ _ je l’avais échappé belle_ une voix me menaçait de mort / Moi je me disais que vu le contexte c’était la chose la plus normale du monde > on peut pas vivre profondément un court séjour a Yondó sans _au moins_ être menacé de mort_ ce serait un peu comme passer par Paris sans manger une baguette de pain /
J’ai regardé autour de moi_ me suis senti en sécurité > J’avais à mes cotés_ une nouvelle couleur_ ce beau Rouge Hélios de Yondó et je ressentais une espèce de renaissance /
Je plaide toujours la paix au village et dans la nation / Je suis en paix_ je suis vital_ je suis en vie / Vive la vie_ vive la vitalité / Longue vie au Rouge Hélios de Yondó /
Paris_ juillet 2019




Rouge Hélios de Yondó_ une exposition solaire
Sous le soleil de Yondó. Un terrain vague. Un tas de feuilles sèches tel un Igloo de Mario Merz. Un tas de gravillon, une sorte de tas de bombons de Felix Gonzalez-Torres. Un bloc de bois, un presque Carl André. Et Rouge Hélios de Yondó.



