Je découvre / RED DISTRICT Marseille à la Villa Arson Nice

RUN RUN RUN

Exposition du 2 octobre au 30 décembre 2016

Villa Arson – Nice

Sur une proposition de Éric Mangion avec les portraits de : Giuseppe Caccavale, Florence Chevallier, Frédéric Clavère, Joseph Dadoune, Jaime Diaz-Puentes del Todo, Estelle Fredet, Philippe Grandrieux, Fabrice Hyber, Jean Laube, Maria Loura-Estevao, Éric M. & Luc Ferrari, Stephen Maas, Jean-François Maurige, Brunhild MeyerFerrari, Susanna Shannon, Peter Soriano, Éric Suchère, Thierry Thoubert, Frédéric Vaesen et Françine Zubeil.

RED DISTRICT Marseille | Date de création : 1987 | http://www.reddistrict.org

De toutes les rencontres qui m’ont durablement marquées, il y a celle d’Henri Le Chénier. Il était mon professeur d’histoire de l’art au lycée Denis Diderot à Marseille et fut un extraordinaire passeur d’art. Je garde le souvenir intact de son cours. Nous étions peu nombreux et avions atterri dans cette classe plus grâce à nos échecs qu’à nos mérites. Nous formions une petite bande de sauvageons très unie et turbulente. Seul Henri le magicien avait le don de nous tempérer. Alors la voix d’Henri le conteur se faisait entendre. Pendant une heure, nous revivions intensément la bataille d’Urbino de Paolo Ucello, puis j’étais envahi d’émotions devant le corps lascif et sensuel d’un christ mort dans les bras de la Pièta de Michel-Ange. Pendant trois ans, l’histoire de l’art ne se jouait plus dans un passé poussiéreux ou reculé mais devenait activement présente, rendue vivante par les commentaires improvisés et avisés de mon maître. Pendant trois ans, je n’ai fait qu’écouter ce cours, tout le reste m’indifférait. A cette époque, je me passionnais pour la musique, l’architecture et surtout les garçons auxquels je rêvais mais qui se soustrayaient à mes désirs. Henri, l’ami, m’avait repéré et sa bienveillance envers moi consistait à m’inviter régulièrement aux expositions qu’il organisait dans le cadre de Présence Contemporaine à Aix-en-Provence dont il était le fondateur. C’est ainsi, que j’ai rencontré Francis Bacon, Hans Hartung, Hervé Telemaque, Valerio Adami, Louis Pons, Jacqueline Picasso, et tant d’autres. A l’issue des trois ans, nous avons tous, sans exception, échoué au bac, et je n’ai jamais revu mes amis. Mais l’enseignement d’Henri avait creusé le sillage. Au sortir des Beaux-Arts, j’ai créé Interface ASA une structure de production et de diffusion au croisement de l’art visuel, de l’architecture et du son. Il s’agissait pour moi de travailler autour du principe même de l’exposition. J’ai successivement ouvert plusieurs lieux. Chaque nouvelle appellation était l’occasion de nouvelles expérimentations. Red District fut l’une d’entre elles et MAP, Marseille Art Plateforme, est le dernier projet. J’ai revu Henri Le Chénier des années plus tard lors d’un vernissage de l’une de ses dernières expositions. À cet instant, je n’ai pas su lui dire toute l’affection et la reconnaissance que j’avais pour lui. Je lui dédie cette exposition. Joël Yvon