boteroboterobotero est un processus d'Art de Jaime del Todo
« boteroboterobotero » a pour prétention de trouver et photographier 100 Fernando Botero. De la dynamique de la recherche à la dynamique de la rencontre les épisodes se succèdent. Cette expérience de sociabilité soutient l’exécution plastique. L’intérêt du projet repose initialement sur ce tissu de relations que l’idée originale suscite puis dans la construction collective immatérielle qui résulte de l’addition de ces réalités individuelles– 100 Fernando Botero -, fragments de vie en parallèle qui au moment d’interférer viennent établir la structure globale du projet. Le projet s’inscrit dans la réalité grâce à cette énergie partagée. l’apport de chaque Fernando Botero avec sa particularité, dans son unicité lui donne toute sa force et la rencontre de l’ensemble de ces fragments spécifiques construit la structure de l’oeuvre.
L’individu dans sa relation avec l’autre et dans ce cas grâce a la coïncidence de posséder un même « nom » venant interférer dans le parallèle de leurs vies, et donner naissance à ce projet, constitue une forme d’échange entre ce qui est intime et ce qui est public, laissant entrevoir des problématiques comme l’altérité, l’ego, et la notoriété… S’agissant d’une oeuvre inscrite décidément dans l’art contemporain, l’élection du nom Fernando Botero en plus d’avoir une relation directe avec l’art national et international, n’est pas sans nous rappeler qu’humeur et ironie constituent, aussi, le matériel de l’oeuvre.
Ma préoccupation est de créer une oeuvre qui donne à voir et à penser plus que ce qu’elle ne montre, plus que ce qu’elle ne dit. Par là même,j’entends créer un espace plastique de réflexion plus complexe que l’idée d’origine a priori, extrêmement simple. Le registre photographique, par son caractère épisodique et dans sa version la plus immatérielle possible: la photographie numérique est en effet le moyen adéquat pour soutenir la réalisation plastique du projet. Dans le même registre, j’ai opté pour la projection des images comme forme de présentation plastique du projet.
Il est question ici d’une construction collective a partir d’une création individuelle. La réalité, et en particulier la « réalité de ce projet », se bâtit ensemble.
Bogota, janvier 2004









Un Botero est un Botero est un Botero par Mónica Mayer- editorialiste
Il y a peu de temps j’ai lu dans un journal que un tel jaime del todo (ainsi, avec des minuscules) avait inauguré l’installation « boteroboterobotero » dans la Fondation Gilberto Alzate Avendaño à Bogota exposition qui sera ouverte au public jusqu’à la fin du mois. Difficilement je la verrai, mais en lisant ce dont il était question, j’ai eu des désirs irrésistibles d’écrire sur ce projet.
Il y a deux ans, cet artiste colombien établi à Paris depuis 1987, a décidé de documenter à 100 personnes appelées Fernando Botero, comme le célèbre peintre et sculpteur colombien. Il les a cherchés, il les a trouvés et il les a photographiés.
Pendant le processus de réunir ces images ils sont apparus un sans fin d’anecdotes. Pensez-vous si non! Partager le nom avec une célébrité doit être intéressant. D’emblée il ne manquera pas celui qui doutiez que vous êtes-vous ou celui qui soit déçue en voyant que vous n’êtes pas l’autre. En plus d’être tocayos[1] d’une personne célèbre le fait de savoir qu’on partage quelque chose de tellement intime comme le nom avec au moins 100 autres personnes n’est pas sans inquiétude. Le projet a aussi terminé en étant un aperçu intéressant de la société colombienne : Fernando Botero non seulement est un peintre, il est aussi un commerçant, un artisan, etcetera. Il y a de Boteros des toutes les classes sociales et de tous âges. Ils sont par tout en Colombie.
L’idée de « boteroboterobotero » est simple. Les 100 Fernando Botero photographiés par l’artiste sont projetés l’un après l’autre et à la fin ils sont répétés. Mais ce projet d’aspect inoffensif, presque frivole est une bombe: il interroge la relation ferrée nom/identité, la mythification de l’artiste, le nom/marque (artistique) et la « outreté » (« otredad »). Ce projet est, en outre, une sorte d’anti hommage à l’artiste, Un geste ironique ravissant.
Toutefois, ce qui m’a intéressé en « boteroboterobotero » c’est sa structure. Il apparaît tel une œuvre simple (et peut-être c’est pourquoi elle est tellement séduisante), mais elle est simple seulement après avoir décanté toute une série d’idées et de sensations, se transformant en une sorte de réseau par lequel transitent infinité de concepts. C’est un schéma sur lequel chaque personne peut projeter ses idées propres. Imaginer. C’est, peut-être, ce qu’il y a de plus semblable à une bonne histoire (que nous pouvons lire ou qu’on peut nous compter) et qui permet a tous de partager l’idée, mais à son tour chaque personne qui l’écoute se la lui approprie et la réinvente.
Trouver une de ces structures c’est difficile.
Généralement ces œuvres sont comme un aimant, elles attirent l’attention de la presse, du petit monde de l’art actuel et du public en général. Tous se les approprient. Dans ce cas, on peut voir les Boteros de del Todo ou alors on peut les imaginer. Mais sûrement vous avez déjà pensé à combien d’autres personnes que vous connaissez partagent ou portent votre nom, alors vous êtes déjà involucré dans ce projet. Un autre artiste qui a réussi ceci est Spencer Tunick, celui qui photographie à des milliers de personnes nues dans des espaces publics. À la date je n’ai connu personne qui en sachant du projet ne pense pas immédiatement s’il prendrait part ou non dans une de ces photographies.
Dans des termes de l’importance fondamentale que nous donnons dans notre culture à l’acte de nommer, un aspect intéressant du projet de del Todo est qu’il invente une Communauté parce que bien qu’elle existe déjà, elle n’avait pas été nommée. Mais il ne se limite pas à nommer et tracer à cette Communauté en réunissant ses données, mais il la transforme une réalité en incluant ses membres dans l’élaboration de l’œuvre, en les invitant à partager son image et expériences. C’est une idée individuelle, mais une œuvre collective.
« boteroboterobotero » me paraît une œuvre conceptuelle bouclée[2] (mais non grasse)[3] ce pourquoi pour moi, dorénavant, jaime del todo est JAIME DEL TODO. Artiste visuel.
1 homonyme
2 redondita, ronde. En rapport aux figures du peintre Botero
3 gorda, grasse. En rapport aux figures du peintre Botero.
Article Un Botero est un Botero est un Botero
« El universal ». Principal journal mexicain imprimé. 19 août 2005

